Après CT-SCOUT pour faciliter le recrutement de patients, CTMA prévoit de lancer Totem4me en 2021

MindHealth - Extrait - 8 décembre 2020

Finaliste du prix Galien 2020 dans la catégorie e-santé/start-up, CTMA (pour Clinical Trials Mobile Application) a mis au point une application web permettant d’améliorer le recrutement des patients dans les essais cliniques. Son cofondateur et scientific advisor Yoram Bouhnik et son global advisor Pierre Pellier détaillent à mind Health son fonctionnement. Ils partagent également leurs actualités, entre une nouvelle levée de fonds à préparer et une application patients en cours de développement.

À quel besoin répond CT-SCOUT ?
Pr Yoram Bouhnik. J’ai baigné dans la recherche clinique et ai participé il y a trente ans à la création du GETAID, Groupe d’étude thérapeutique des affections inflammatoires du tube digestif. Vers 2005, alors trésorier de ce groupe, je me suis rendu compte du coût faramineux des dépenses nécessaires à l’ouverture d’un centre : pour les études industrielles, le budget est de l’ordre de 50 000 $ par centre, quel que soit son niveau d’activité de recrutement. Il fallait trouver une solution pour éviter cette gabegie. L’expérience de terrain a beaucoup aidé et je revois les internes et jeunes chefs de clinique avec 10 ou 15 dépliants dans leur blouse, ceci pour trouver l’étude adaptée à leur patient. Alors que les smartphones se développaient, j’ai réfléchi, avec mes collègues du GETAID, à une application web qui permettrait d’avoir un accès en temps réel à l’ensemble des études en phase de recrutement dans le centre, sans que cela ne demande du temps supplémentaire, et de coordonner le patient et l’équipe de recherche.

CT-SCOUT, du terme anglais “scout” pour dénicher, repose ainsi sur trois principes : détecter, c’est-à-dire être capable de reconnaître en temps réel tout patient candidat potentiel à une étude ; matcher les caractéristiques du patient avec un essai en cours ; coordonner en envoyant directement une notification à l’équipe de recherche clinique afin qu’elle vienne prendre en charge le patient. L’idée était d’avoir une application tout en un, en partant du patient en face de soi, avec un process de détection de 1 à 2 minutes seulement. Il est important de comprendre que, si le patient n’est pas recruté au bon moment, il est perdu pour les essais cliniques 9 fois sur 10 : s’il reçoit un traitement, il ne sera plus éligible à l’étude. Il existe un moment clé pour proposer au patient de participer à un essai et, si on loupe cette fenêtre de tir, c’est généralement perdu pour plusieurs mois.

Quelles sont les sources d’information de CT-SCOUT ?
Pierre Pellier. L’information vient des sponsors lorsqu’ils nous demandent d’utiliser notre application et qu’ils veulent que nous équipions certains ou tous leurs sites investigateurs. Pour les études académiques ou de concurrents, des informations sont disponibles en open source, comme par exemple sur ClinicalTrials.gov. Nous disposons d’une équipe technique et de project management qui travaille sur notre algorithme. L’outil est customisé par centre. À tout moment, il peut y avoir une étude qui arrive ou qui se termine. Les centres nous font passer l’information et notre équipe technique s’assure que l’algorithme est à jour.

Y.B. Les changements de critère d’une étude sont mis à jour en temps réel dans l’application.

Une fois l’application pensée, quelles ont été ses étapes de développement ?
Y.B. Au tout début, nous avons développé une version bêta testée dans mon centre. Sur une période de 42 mois, correspondant à 21 mois précédant l’utilisation de CT-SCOUT et 21 mois avec l’utilisation de l’application, nous avons montré que le taux de patients recrutés par mois pour l’ensemble des études était multiplié par trois. Des résultats à interpréter avec prudence car il s’agissait d’une étude monocentrique et rétrospective. Nous avons alors proposé à Roche, avec qui nous avions un contrat, un partenariat : sans que nous n’ayons aucune connaissance des données, nous avons proposé de comparer le nombre de patients recrutés et ceux in fine randomisés dans deux essais de phase 3 (sur la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique) entre des centres équipés de CT-SCOUT et des centres non équipés. Ce travail prospectif observationnel a été présenté l’an dernier et est paru dans la revue Gastroenterology, impliquant 613 patients et 132 centres répartis dans six pays. Nos résultats ont montré que les centres utilisant l’application comptaient trois fois plus de patients randomisés.

L’une des originalités de notre plateforme est qu’elle a été développée initialement pour les études académiques mais qu’elle s’adapte tout aussi bien aux essais industriels, qui ne sont généralement pas compétitifs mais plutôt complémentaires. À partir d’un simple questionnaire, l’algorithme oriente vers la ou les études en cours dans le centre les plus adaptées pour chaque patient.

Les études recensées dans CT-SCOUT ne concernent que les affections inflammatoires du tube digestif ?
Y.B. Nous avons construit l’algorithme pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), qui comportent la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. À ce jour, plus de 200 études ont été implémentées sur l’algorithme.

P.P. Pour des raisons historiques, l’application a en effet été développée dans une pathologie : les maladies inflammatoires de l’intestin. Ses deux pathologies principales (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique) représentent à peu près 2 % de la totalité des essais cliniques dans le monde. Mais la problématique du recrutement n’est pas unique à ces maladies et, des retards qui s’accumulent en recrutement, ce sont des patients qui en souffrent du fait d’un retard à l’accès à l’innovation. L’idée, maintenant que l’on a démontré la valeur de notre outil, c’est de bouger progressivement dans les autres aires thérapeutiques, là où il existe beaucoup d’essais et où la situation est compétitive entre sponsors et académies

Est-il également envisagé que l’application recense les études de plusieurs centres ?
Y.B. Jusqu’à aujourd’hui, CT-SCOUT est customisée par centre. Mais un projet va voir le jour en 2021, probablement d’ici le second trimestre, baptisé “Totem4me” pour “tomorrow treatment for me” (soit “demain, un traitement pour moi”, ndlr). Il s’agit d’un développement de notre application mais à destination du patient, construit avec le GETAID et l’association François Aupetit. Ce sera également une application web, accessible via le site de l’association. Cette plateforme devrait permettre un égal accès à la recherche clinique et à l’innovation thérapeutique pour tous les patients, quel que soit leur lieu d’habitation et la distance par rapport aux structures de soins et de recherche.

Comment fonctionnera-t-elle ?
Y.B. En pratique, si je suis un patient et que l’on m’a diagnostiqué une maladie de Crohn, je me connecterai sur la plateforme et, en répondant à quelques questions qui auront été rédigées avec des patients experts, je pourrai, seul ou avec mon médecin traitant, libéral ou hospitalier, trouver l’étude clinique qui correspond le mieux à ma situation. Un système de géolocalisation permettra de m’orienter vers le centre concerné.

Sur quel business model repose à ce jour CT-SCOUT ?
P.P. Les bénéficiaires principaux de l’outil sont les sponsors qui gagnent ainsi du temps. Nous vendons une licence aux industriels pour chaque centre équipé, licence payée tous les mois. Nous avons 12 salariés et travaillons avec 8 prestataires. Jusqu’à maintenant, CTMA est restée une toute petite entreprise, parce qu’elle évoluait dans une seule aire thérapeutique et essentiellement en France et en Europe. Maintenant, nous nous exportons aussi aux États-Unis – des premiers centres y ont été équipés cette année -, probablement dans le futur en Asie, et nous avons la volonté et l’ambition d’ouvrir de nouvelles aires. Nous sommes donc à un moment où la société va se structurer et se renforcer.

À ce jour, CT-Scout est déployée dans douze pays, avec plus de 170 centres équipés et plus de 6 000 patients détectés. Plus de 1 000 professionnels de santé l’ont utilisée ou l’utilisent. Et plus de 50 études actives en phase de recrutement sont répertoriées actuellement sur l’algorithme, à ⅔ académiques et ⅓ industrielles.

 

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