Covid-19 : la Cour des comptes plaide pour un financement pérenne de la recherche

Le Monde - Extraits - 29 juillet 2021

Dans le cadre d’un audit dont les résultats ont été rendus publics jeudi 29 juillet, la Cour des comptes souligne que la France a investi trois fois moins dans la recherche publique que le Royaume-Uni ou l’Allemagne pour lutter contre la pandémie.

Face à la crise sanitaire mondiale provoquée par la pandémie de Covid-19, la recherche publique a été mobilisée, partout dans le monde, pour tenter de comprendre les origines du virus, pour apprendre à le détecter, pour réfléchir aux traitements envisageables et aux mesures sanitaires à mettre en place… En France, du 1er janvier 2020 au 1er mars 2021, 530 millions d’euros ont été affectés à la recherche publique dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, selon l’audit de la Cour des comptes, dont les résultats ont été rendus publics jeudi 29 juillet. C’est trois fois moins qu’en Allemagne ou en Angleterre.
La différence de financement explique, en partie, le retard français dans le domaine de la recherche contre le coronavirus, dont l’exemple le plus criant demeure l’absence de conception d’un vaccin.

En outre, la France fait face à des difficultés d’ordre systémique, d’après la Cour des comptes. « A la différence d’autres pays à forte tradition scientifique en matière biomédicale, la stratégie d’ensemble, le pilotage et la structuration ont été insuffisants », relève-t-elle. De nombreux acteurs investissent dans le domaine de la recherche publique – ministères, Union européenne, agences de financement, sociétés privées –, et les financements se retrouvent éparpillés dans un « nombre considérable d’appels à projets » lancés par de multiples organismes, des établissements de recherche aux universités en passant par les centres hospitaliers universitaires (CHU). « Les financements se sont avérés trop dispersés pour répondre aux enjeux de la crise, notamment en matière de recherche vaccinale, précise le rapport. Le défaut d’organisation a accentué leur éparpillement. »

Priorité à la recherche fondamentale
La Cour des comptes souligne cependant la réactivité et le travail collaboratif observés sur certains sites, à Lyon par exemple, où « une pluralité d’acteurs a participé de manière coordonnée aux mêmes opérations de recherche : université, CHU, COMUE [Communauté d’universités et établissements], région, pôle de compétitivité et fondation, ce qui semble être le gage d’une plus grande efficacité ». Elle préconise donc la mise en place d’un accompagnement financier « au plus près du terrain », et un rapprochement des différents opérateurs de la recherche publique que sont les organismes de recherche, les universités et les CHU.

Pour remédier aux défauts structurels constatés, la Cour des comptes avance plusieurs axes de travail. Parmi eux, l’organisation d’une gouvernance de gestion de crise et la désignation d’un chef de file, qui piloterait les appels à projets et serait chargé d’attribuer les financements. L’instance recommande également de donner priorité à la recherche fondamentale, qui permet, malgré l’imprévisibilité de ses résultats, de faire émerger des concepts nouveaux, sources d’innovation.

Malgré les problèmes structurels dans le secteur de la recherche, la communauté scientifique s’est pleinement engagée face à la crise sanitaire. Suivre l’évolution de la pandémie, mettre en œuvre des outils d’aide à la décision, étudier les conséquences sociales, politiques et économiques de la crise sanitaire… les enjeux sont multiples et nécessitent des investissements financiers et humains sur le temps long. La Cour des comptes explique ainsi que les « efforts financiers exceptionnels » déployés pour répondre à la crise sanitaire « ne sauraient compenser le déficit de financement antérieur à la crise (…). Les réussites et les échecs de la recherche s’inscrivent dans la durée. »

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