Covid-19 : pas d’immunité croisée conférée par d’autres coronavirus chez les enfants

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Institut Pasteur - 06.07.2020

Les coronavirus saisonniers sont responsables chaque hiver de rhumes et de bronchites répétées dès la petite enfance. La question de l’éventuelle immunité croisée conférée par les quatre coronavirus saisonniers vis-à-vis de la Covid-19, a été récemment posée en raison de la mise en évidence d’anticorps et de cellules de l’immunité reconnaissant le virus SARS-CoV-2 chez des individus avant la phase épidémique. L’existence d’une telle immunité aurait un impact important sur notre compréhension de l’avenir de l’épidémie. Les enfants font des formes de Covid-19 peu symptomatiques qui passent souvent inaperçues. Toutefois, ils peuvent, quoique rarement, avoir des atteintes sévères apparentées à la maladie de Kawasaki. Dans une nouvelle étude, des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris ont montré que les fréquentes infections des enfants par les coronavirus saisonniers ne les protègent ni de l’infection par le virus SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19, ni des formes graves apparentées à la maladie de Kawasaki. Les résultats ont été pré-publiés sur MedRxiv, le 30 juin 2020.

Un consortium de laboratoires de l’Institut Pasteur et de cliniciens de l’AP-HP, de l’Inserm et de l’Université de Paris ont conduit du 1er mars au 1er juin 2020 une étude dans 7 hôpitaux parisiens et de la proche couronne, auprès de 775 enfants (de 0 à 18 ans), dont 36 présentaient un syndrome apparenté à la maladie de Kawasaki. L’étude PED-COVID, coordonnée par l’hôpital Necker et l’Institut Pasteur, visait à déterminer la fréquence, le type et la concentration d’anticorps produits par les enfants en réponse à l’infection et leur capacité de neutralisation du virus SARS-CoV-2. La fréquence et les titres des anticorps contre les quatre coronavirus saisonniers (NL63, HKU1, 229E, OC43) ont été mesurés pour un sous-ensemble de patients séropositifs pour le virus SARS-CoV-2 avec pas (ou peu) de symptômes, et pour des patients hospitalisés pour un syndrome apparenté à la maladie de Kawasaki, en comparaison à des patients séronégatifs.

Le taux de prévalence du virus SARS-CoV-2 chez les patients avec pas (ou peu) de symptômes était en moyenne de 11.7% de la population étudiée. Plus de la moitié (69,4%) de ces enfants n’avait jamais eu de symptômes évocateurs d’infection. Des anticorps neutralisants ont été trouvés chez 56 % des enfants séropositifs, avec une fréquence relative augmentant avec le temps (jusqu’à 100% en fin d’étude, à 2 mois du pic de l’épidémie). Plus de 2/3 des enfants avec un syndrome apparenté à la maladie de Kawasaki étaient séropositifs pour le virus SARS-CoV-2.

La présence et le taux d’anticorps contre les quatre coronavirus saisonniers, retrouvés chez 67-100 % des enfants en fonction des virus, étaient comparables entre les enfants séronégatifs et les enfants séropositifs pour le virus de la Covid-19, qu’il s’agisse des malades avec syndrome apparenté à la maladie de Kawasaki ou de ceux qui ont fait une forme pas (ou peu) symptomatique.

Ces résultats suggèrent que les enfants font des formes de Covid-19 souvent pas (ou peu) symptomatiques et développent des anticorps le plus souvent neutralisants. « L’infection par les coronavirus saisonniers n’offre pas une protection significative contre l’infection par le virus SARS-CoV-2 et les autres maladies associées comme le syndrome apparenté à la maladie de Kawasaki. » commente Marc Eloit*, dernier auteur de l’étude, responsable du Laboratoire de Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur. Cette étude confirme la très grande fréquence et le taux important d’anticorps contre les coronavirus saisonniers dans la population générale, ce qui n’empêche pourtant pas les infections par ces virus chaque hiver.

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