COVID-19, quatre pays européens s’allient pour commander un vaccin

La Croix - Extrait - 14 juin 2020

La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie ont annoncé, samedi 13 juin, avoir réservé 400 millions de doses d’un éventuel futur vaccin, mis au point par des chercheurs d’Oxford.

La pression autour du vaccin contre le Covid-19 s’accentue. C’est du moins l’impression qui domine après l’annonce, samedi 13 juin, de l’alliance de quatre pays européens pour réserver des millions de doses, alors même qu’aucun vaccin n’est encore au point. La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie ont uni leurs moyens pour sécuriser 400 millions de doses auprès du géant pharmaceutique AstraZeneca.

En sélectionnant le projet de ce laboratoire suédo-britannique, mis au point par des chercheurs d’Oxford (Royaume-Uni), les quatre pays misent sur l’un des « candidats vaccins » les plus avancés. Sur les 136 projets de vaccins répertoriés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dix sont en effet actuellement testés sur l’être humain. Mais un seul, celui d’AstraZeneca, a atteint la phase 3 – sur les quatre que comportent les essais cliniques —, qui permet de tester le produit à large échelle.

L’équipe anglaise a donc lancé le recrutement de plus de 10 000 volontaires, enfants et adultes répartis en quatre groupes, surveillés de près pendant trois à six mois (en fonction de leur âge), puis lors d’une ultime visite de contrôle effectuée un an après l’inoculation du vaccin. Un long processus qui n’empêche pas la France et ses alliés d’espérer les premières livraisons avant la fin 2020, selon le communiqué du ministre de la santé, Olivier Véran, et de la secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher. En échange, l’entreprise promet de vendre son vaccin à prix coûtant.

“D’autres accords de ce type pourraient intervenir prochainement”
« La précommande est une aide à la recherche en contrepartie d’une fourniture rapide de vaccins », explique Izabela Jelovac, chercheuse du CNRS au Groupe d’analyse et de théorie économique Lyon-Saint-Étienne. « Cette méthode a été mise au point dans les années 2000 et utilisée notamment par la Fondation Gates pour sécuriser des stocks de médicaments à destination de pays en développement. »

Néanmoins, « ce procédé est totalement exceptionnel », commente Frédéric Tangy, de l’Institut Pasteur. « Certes, il existe des accords pour réserver des vaccins, par exemple contre la grippe, mais ce sont alors des précommandes passées en accord avec la Sécurité sociale, qui prendra ensuite en charge la vaccination. Ici, on précommande un vaccin qui n’existe pas. »

Il s’agit évidemment, pour les quatre États, de s’assurer de la disponibilité des doses une fois celles-ci disponibles, alors que le monde entier voudra s’en procurer. « C’est une stratégie risquée, car personne ne sait si ces recherches vont aboutir, mais la volonté de sécuriser les stocks paraît logique », poursuit ce chercheur.

La France a-t-elle procédé de la même manière avec d’autres laboratoires ? Pas encore, répond-on dans l’entourage d’Agnès Pannier-Runacher. Avant d’ajouter que « d’autres accords de ce type pourraient intervenir prochainement ». Le ministère de l’économie refuse de communiquer sur le montant engagé dans cette transaction. On confirme en revanche que l’alliance des quatre pays pourrait « s’élargir à d’autres pays européens » et ce, « en étroite coopération avec la Commission européenne ». Bruxelles a débloqué un fonds de 2,4 milliards d’euros pour permettre aux États de passer ce type de commandes de vaccins.

“Nous risquions de prendre du retard”
Plusieurs pays avaient déjà commandé des doses du potentiel vaccin auprès d’AstraZeneca. « Le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Inde, mais aussi un consortium mondial qui devrait fournir le vaccin aux pays les plus pauvres », détaille ainsi Walter Ricciardi, l’un des conseillers du ministre italien de la santé, dans les colonnes du quotidien La Reppublica. Nous risquions de prendre du retard. » De son côté, l’Italie a entamé des négociations avec un autre groupe pharmaceutique l’Américain Johnson & Johnson, dont la filiale, Janssens, pourrait entamer les essais cliniques à l’automne 2020.

Alors qu’Emmanuel Macron doit se rendre, mardi 16 juin, dans l’usine Sanofi de Marcy-l’Etoile, près de Lyon, nul doute qu’il y sera question des précommandes de vaccin. Mi-mai, les déclarations de Paul Hudson, le directeur général de ce géant pharmaceutique franco-américain avaient déclenché une intense polémique. Il avait alors affirmé qu’il délivrerait les doses d’un futur vaccin en priorité aux États-Unis. L’entreprise planche actuellement sur deux projets, dont l’un pourrait entamer la phase des essais cliniques fin septembre.

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