Ehpad et services à domicile : pour un « pack technologique » financé par l’assurance maladie

Tic Santé - Extrait - Août 2019

Dans un rapport sur les nouvelles technologies et le grand âge publié en juillet, le délégué général de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), Jean-Pierre Aquino, et le conseiller stratégique à la Fédération hospitalière de France (FHF), Marc Bourquin, préconisent de faire financer par l’assurance maladie un « pack technologique » pour tous les établissements et services de soins pour personnes âgées.

Ce rapport a été commandé par l’association France Silver Eco en mars.

Le président de l’association, Luc Broussy, avait alors estimé que l’un des chantiers prioritaires de la filière silver économie, relancée en octobre 2018 par la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, devait être la diffusion des innovations technologiques dans le secteur médico-social.

 

« La première chose à affirmer », a soutenu Marc Bourquin devant les journalistes, « c’est que les nouvelles technologies ne sont pas une menace pour l’emploi ni un facteur de deshumanisation ».

Jean-Pierre Aquino a complété, affirmant que l’âge et l’avancée en âge n’étaient pas des obstacles à l’utilisation des nouvelles technologies, même pour les personnes atteintes de troubles cognitifs, et même à l’inverse, qu’elles pouvaient favoriser la stimulation cognitive.

Marc Bourquin a également fait valoir « le continuum » existant entre qualité de vie des personnes âgées et qualité de vie au travail des professionnels, en soulignant que les nouvelles technologies permettaient de « concentrer l’activité des professionnels sur sa valeur ajoutée la plus forte, c’est-à-dire le lien relationnel avec la personne âgée », et que « le déploiement massif » des nouvelles technologies permettrait aussi « de favoriser l’attractivité des métiers », rendant le travail « plus agréable » et donnant le « signal qu’il s’agit de métiers d’avenir ».

Un engagement nécessaire des pouvoirs publics
Les deux auteurs ont appelé à un « cercle vertueux », entre, premièrement, les personnes âgées, leurs aidants familiaux, et les professionnels, deuxièmement les chercheurs et enseignants, troisièmement les industriels, et quatrièmement les pouvoirs publics. « Tout ce petit monde doit travailler ensemble; c’est une coconception », a insisté Jean-Pierre Aquino.

Marc Bourquin a insisté sur un « impératif » éthique: « Les nouvelles technologies ne doivent pas être utilisées sans le consentement des personnes âgées, même si elles sont atteintes de troubles cognitifs ». De plus, il faut toujours interroger « leur bon usage », leur adaptation et leur fiabilité. Et puis, a souligné Jean-Pierre Aquino, « il faut que les industriels partent des besoins, et pas de l’offre ».

Au-delà de ces préalables, « il n’y aura pas de déploiement rapide des nouvelles technologies sans une appropriation collective de ces outils, et cela signifie qu’il faut des préconisations des pouvoirs publics sur l’obligation de prévoir des modalités », a affirmé Marc Bourquin.

Ainsi, les auteurs préconisent la mise en place d’un « pack technologique » dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les unités de soins de longue durée (USLD), les résidences autonomie, les résidences services seniors et les services à domicile.

Ce « pack » passe par la définition d’un « socle commun de technologies », encore à définir a précisé Marc Bourquin, mais qui pourrait intégrer « quatre éléments de solutions », ainsi que résumé dans une synthèse du rapport:
« des outils domotiques pour maintenir l’autonomie: luminosité, volets, télévision, rails de transfert, fauteuils électriques, clés électroniques », etc.
« des dispositifs de ‘levée de doute’ en Ehpad comme à domicile: détection électronique des chutes, géolocalisation »
« des dispositifs de traçabilité et d’accès effectifs aux soins: dossiers patients informatisés et interopérables, télémédecine, verres connectés pour lutter contre la déshydratation, piluliers connectés pour assurer l’observance »
« des outils favorisant le lien social et luttant contre l’isolement et les troubles cognitifs: robots sociaux, serious games, réalité virtuelle ».
Ce pack devra être financé par un « effort d’investissement supplémentaire », évalué à « 5.000 euros par place soit 3,5 milliards d’euros sur les 10 ans qui viennent », « que les pouvoirs publics subventionneront à hauteur de moitié », a précisé Marc Bourquin.

Cette prise en charge à 50% correspond à « 175 millions d’euros par an », provenant du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), du plan d’investissement de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) ou des conférences départementales des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie, proposent les auteurs.

Un « référent technologie » dans tous les établissements et services
Ils préconisent d’abonder « parallèlement » le budget de fonctionnement des établissements et services « à hauteur de 600 millions d’euros » pour financer un poste de « référent ‘technologie' » (qui pourrait être partagé entre opérateurs) à raison de 0,5 équivalent temps plein (ETP) pour 100 lits ou places, « soit un coût de 170 millions d’euros pour l’ensemble des Ehpad, USLD, Ssiad [service de soins infirmiers à domicile] ». Ils proposent aussi « d’intégrer progressivement des amortissements d’équipements dans les tarifs à hauteur de 625 euros par an, soit un renforcement du forfait soins de 430 millions d’euros ».

 

Structurer les acteurs économiques
Le président de France Silver Eco, Luc Broussy, a souligné que la filière allait porter ces propositions auprès du ministère et des parlementaires, ainsi que la « petite musique qu’il est intolérable de penser les 10 prochaines années sans mettre au coeur de la réflexion les évolutions technologiques et numériques ».

« Nous, filière silver économie, voulons tordre le coup à tout technoscepticisme », a-t-il insisté. « Il faut qu’on culpabilise tout le monde en disant que ce n’est plus normal que des politiques d’accompagnement du grand âge se fassent sans penser » aux nouvelles technologies, « sans penser que tout cet apport va apporter du plus et du mieux, au service de l’humain ».

Il a souligné qu’aujourd’hui, seuls 8% de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) étaient consacrés aux aides techniques: « Ce n’est juste pas possible », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, il a reconnu avoir « une autre mission, compliquée », celle de structurer les acteurs économiques de la filière, caractérisés par « un émiettement, une atomisation extrêmes de l’offre ».

 

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