La feuille de route ministérielle sur la e-santé saluée malgré des interrogations sur le financement

Tic Santé - Extrait - 27 avril 2019

Agnès Buzyn et le secrétaire d’Etat chargé du numérique, Cédric O, ont présenté jeudi 25 avril la feuille de route gouvernementale afin d’accélérer le virage numérique dans le cadre de la stratégie « Ma santé 2022 ».

Parmi les axes de travail prioritaires envisagés on relève l’intensification de la sécurité et le développement de l’interopérabilité des systèmes d’information (SI) de santé, l’accélération du déploiement de services numériques socles, le soutiens à l’innovation et le renforcement de la gouvernance du sujet, avec notamment la création d’une délégation ministérielle du numérique en santé (DNS).

Le Syntec numérique, le Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (Snitem), la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs (Fehap), l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) ont fait part dans des communiqués de presse de leur satisfaction quant à cette gouvernance rénovée
Même satisfaction du côté de la Fédération des éditeurs d’informatique médicale et paramédicale ambulatoire (Feima), dont le président, Francis Mambrini, s’est réjoui auprès de TICsanté de la création de la DNS et du maintien d’une Asip santé rénovée sous le nom d’Agence du numérique en santé (ANS).

« On garde un ‘triangle de la mort’ avec une délégation ministérielle, l’assurance maladie et la DGOS [direction générale de l’offre de soins]. Tant que ces structures ont la même vision il n’y a pas de problème, mais si cela diverge, je pense que la DNS n’aura pas les moyens d’aligner les acteurs », a-t-il confié.

Satisfaction unanime sur le médico-social

Parmi les réelles nouveautés des annonces de la semaine dernière, on relève le lancement, en 2020, d’un plan de soutien à l’informatisation des établissements et services du médico-social (ESMS).
Ce plan a été largement soutenu, notamment par la Fehap, l’Uniopss et la FHF, qui avait fait cette proposition dans le cadre de sa participation aux concertations sur la stratégie « Ma santé 2022″.
Mais certains « restent sur leur faim » en ce qui concerne l’hôpital, où les moyens à disposition pour l’informatique « sont largement insuffisants », a complété Enguerrand Habran, directeur du Fonds recherche et innovation de la FHF, tout en reconnaissant que les annonces ministérielles « ont le mérite de poser une stratégie et une gouvernance cohérentes ».
En France, en moyenne 1,7% du budget des établissements de santé est consacré à l’informatique.

Calendrier trop ambitieux?

Si les annonces de la semaine dernière ont eu le mérite de clarifier les échéances de plusieurs projets numériques en santé comme le déploiement de l’e-prescription, de l’e-carte vitale ou de l’identifiant national des acteurs de santé, elles ont conduit à un calendrier très chargé sur la période 2019-2022.
« Il y a un énorme travail à faire. La DNS doit être construite et l’Asip santé remise sur les rails pour faire face à ce programme très ambitieux », a noté Philippe Cirre, l’ex-DSSIS. « Il va aussi falloir préciser qui fait quoi » entre l’Etat, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), la future ANS et les agences régionales de santé (ARS) à l’échelon territorial, a-t-il poursuivi.
« Les moyens attribués vont-ils augmenter pour faire face? D’où viendront-ils? Le modèle économique pérenne de l’e-santé est-il uniquement la subvention publique? », a-t-il interrogé.
« Nous manquions d’une vision claire, désormais nous allons pouvoir estimer les besoins, et les financements seront présents, je n’en ai aucun doute », a déclaré Agnès Buzyn le 25 avril.
Sur le calendrier, le président de la Feima, Francis Mambrini, s’est montré moins inquiet. « Il y a dans cette feuille de route un certain nombre de projets déjà en phase de montée en puissance ou d’expérimentation », a-t-il noté, faisant référence au DMP ou à l’e-prescription. « Maintenant il faut que tout converge pour arriver à un déploiement harmonieux. C’est sans doute l’une des plus grandes difficultés », a-t-il ajouté.
L’Uniopss a aussi regretté que le plan ministériel « ne prévoit pas davantage de mesures d’accompagnement des usagers, de manière à réduire la fracture numérique », pointant un « risque d’exclusion ». Selon les chiffres du baromètre du numérique 2018 présentés en décembre 2018 par Bercy, 18% des adultes en France n’utilisent jamais d’outils numériques ou éprouvent d’importantes difficultés à s’en saisir.

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